vendredi 6 avril 2012
L'Overdose de Nénette.
samedi 10 mars 2012
Nénette, Edward, Dina, Alice et Laura.
jeudi 3 novembre 2011
Nénette & La Fin/Faim.
mercredi 14 septembre 2011
Nénette & Quelques Rides.
dimanche 7 août 2011
Nénette S'y Recolle.
La fille qui n'existait que dans cette histoire.
Allez savoir pourquoi, c'est d'abord une main qui se dessine. Une main aux ongles bien coupés, aux phalanges qui se distinguent. Une main aux doigts fins, une main habile, surement. Oui je la verrai bien gribouilleuse mon héroïne. Ou peinturlureuse, une griffure à l'acrylique sur la joue droite, une large salopette tachée de craie déformant grossièrement son frêle petit corps de môme, plus petit que la moyenne. Quel age a-t-elle au fait? Combien d'années la mignonne? Je décide qu'elle en fait 14, mais qu'elle en pèse 25. Deux petits seins picotent sous sa gorge, un grain de beauté lui tatoue le bas des reins. Maintenant que la silhouette se trace, me voilà tentée de lui trouver un nom. Ou bien un pseudonyme, un sobriquet? Elle s'appelle Hortense Picorelle, dite «L'arachnéenne». Ainsi surnommée pour ses longs cheveux qui balaient presque le sol, mèche par mèche, tels les pattes de ladite bestiole en mouvement. Je la vois blonde, un peu pâlichonne, la bouche bien rose. Elle est plutôt jolie, mais a le menton en galoche. Et un parfum de riz-au-lait. Tiens, je ne lui donne pas de nombril, créons l'ambiguïté. Un peu comme si elle était née d'une rose, ou d'un bouquet d'orties. De toute façon je décrète que la gosse a grandi seule. Avec un air de petit garçon fâché, la raie sur le coté, de la terre sous les ongles. Hortense a les cheveux qui poussent trop vite, et le coeur qui bat trop fort. Les docteurs ont dit qu'elle ne vivrait pas vieille, la pauvre fleur. Ce qui m'arrange, car je n'ai pas envie de m'éterniser. Hortense est allergique au beurre de cacahuète, à la poudre d'escampette. Elle aime le chocolat chaud avec une pointe de cannelle, le pain perdu et le clafoutis aux cerise. Tout comme moi c'est juste, figurez-vous que l'inspiration ne jaillit pas inopinément de nulle part. Hortense n'a pas d'avis sur l'amour, mais elle s'est déjà glissée dans d'autres draps que les siens. Trois kits de literie différents, pour être exacte, ont déjà vu sa salopette tomber sur ses chevilles. Hortense aime sentir sa peau glisser sur une autre. Dans ces instants là, elle ressent un frisson caractéristique, chatouillant précisement aux deux tiers de la ligne qui s'étire entre son omoplate gauche et son épaule droite. Hortense donnerait tout pour ce frisson, car cette secousse lui rappelle qu'elle est encore en vie. La pauvrette sait bien qu'elle va mourir. Je m'étais jurée, pourtant, de ne rien lui en dire. Mais voyez-vous, j'avais cruellement besoin d'un peu de tragique pour décorer ces lignes. La fin est prévue dans trois jours, treize heures, sept minutes et dix-huit secondes. Un paragraphe devrait suffire, je présume._
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dimanche 29 mai 2011
Nénette Reprend La Plume.
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Elle bat des cils et le temps s’envole. Ses yeux sont deux petites lucarnes qui donnent sur des années d’apprentissage. De la vie, de ses cataclysmes, de des euphories. Des années qui l’ont grandi. Et elle pousse encore, la môme, derrière ses grands yeux qui brillent. Elle enracine sa belle âme, elle tend ses bourgeons vers le ciel. Ses yeux sont deux témoins sans âge, deux microcosmes qui foisonnent, deux lunes qui rayonnent. Je m’y vois à tous les temps, à tout instant. J’y comprends ce qui m’attend. Dans ses grands yeux je m’interpelle. Ils sont ma terre, ils sont mon ciel. Mon itinéraire. Et gravée sur leurs pupilles je lis les erreurs que je ne dois pas refaire, je lis l’espoir de me voir telle qu’il est écrit que je serai. Ils sont un miroir, un reflet.
Il y a de la place dans ses grands yeux. De la place pour une, de la place pour deux. Pour ces deux petits bouts d’embryons que nous sommes, à peine sortis de sa terre, à peine sorti de son ballon de monde. Deux petits bouts de chair, faits de doutes et de peurs, de chapeaux et de fleurs. Deux bouches rouges qui brillent, deux frimousses qui se maquillent, quatre talons qui clopinent, des tragédies qui se dandinent. On se bouscule dans ses grands yeux, on s’égratigne. Mais finalement on s’y voit belles, on s’y voit dignes.
Qu’ils sont précieux ces deux grands yeux ! J’y lis les choses qu’ils m’ont déjà apprises, les leçons qu’ils m’ont données, les rêves qu’ils ont guidés. Dans ces grands yeux je suis en sécurité. Je suis en paix. Car ils sont plein d’amour, ils sont brillants. Les grands yeux verts de ma maman. _
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samedi 29 janvier 2011
Nénette & Les Etoiles.
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____Ses yeux sont deux mares grouillantes. Deux plans d’une eau vert acide, piquetée de reflets qui scintillent sous un certain angle. Tandis que celui de droite peut fixer franchement ce qu’il a devant lui, celui de gauche se promène de biais, mais ce regard qui s’échappe a quelque chose de mystérieux. Incroyable d’ailleurs à quel point le décalage d’une pupille de quelques dixièmes de centimètres peut compromettre toute la banalité d’un visage. Car cet œil qui flanche a réinterprété ses traits, de l’arrondi du sourcil jusqu’à l’énigme d’un sourire, révélant différemment le plissement de ses fossettes. Il fait beau sur ces globes humides, et la rangée de cils recourbés plantée en bataillon au dessus de ces deux rondelles qui brillent filtre un peu de leur éclat.
____Cette lumière, elle la puise dans les étoiles, dans le blanc aveuglant de la lune qu’elle dévore des pupilles toutes les nuits, après le coucher du soleil. Ce rituel, elle l’a d’abord instauré pour mettre en pièce un vieux cliché. Celui des deux amoureux, qui s’assoient au bord du vide, dos et nuque côté à côte, les doigts entremêlés, et dont les mines se détournent difficilement l’une de l’autre pour contempler sans vraiment la voir la ligne d’horizon qui lentement s’éteint. L’amour, elle, elle ne l’a jamais connu, ni même rencontré. Elle s’est d’abord crue infirme, comme dénué d’un sens, d’une perception, d’une certaine forme de lucidité. Puis le temps allant, elle s’est sentie investie d’un nouveau charisme, s’est vue maîtresse d’un destin atypique et a mené sa guerre contre ce sirop trop sucré qu’est l’amour, rejouant ses traditions, ses banalités. Aujourd’hui elle regarde les couchers de soleil seule, petit point de chair rose planté au bord d’un précipice, les jambes ballotant dans le vide, les cheveux déployés dans le vent. Elle a dix, vingt, trente ans. Elle ne vieillit plus, elle grandit avec cette flaque de lumière rougeoyante qui étend doucement ses bras vers elle.
____Des années qu’elle détaille le phénomène, qu’elle apprend ses nuances par cœur. Elle connaît les cycles de la lune, la position des étoiles, les dessins qu’elles forment dans le ciel. Pourtant jamais elle n’apportera d’objectif, ou d’engin monté sur un trépied. Elle veut rester fourmi, face à l’immensité. D’ailleurs n’est-elle pas mieux les bras écartés, la tête renversée, les deux yeux grands ouverts, simple spectatrice de la succession de ces dégradés de rose, rouge, orangé, de cette tâche d’encre bleue qui doucement uniformise le ciel ? Elle se sent libre, et la solitude n’est pas un poids, car en réalité elle n’est plus seule depuis longtemps.
____Ce soir elle s’est maquillée. Elle a allongé ses cils, poudré ses joues, rosé ses lèvres. Elle a natté ses cheveux et dénudé ses jambes. Et une nouvelle fois elle s’assoie au bord du monde, le cœur vibrant. Cette nuit est la sienne. Cette nuit le soleil ne se couchera pas seul. Combien de temps lui a-t-il fallu pour comprendre qu’ils étaient deux célibataires à s’observer chaque soir, à vibrer ensemble ? Encore une fois elle assiste à la danse de l’astre. Et tandis qu’il diffuse ses rayons, il lui semble pour la première fois entendre comme une sérénade dans le souffle du vent. Elle se sent comme submergée, renversée par une vague de chaleur. Personne, pas même elle, malgré son armure de guerrière, ne peut vivre sans amour. Elle se penche en avant. Le ciel est partout, même dans le vide qui s’étend sous ses pieds nus. Alors, tandis que la dernière touche de lumière disparaît doucement au dessus d’elle, elle se laisse tomber.
___Et dans la douce brise on entend on violon.
dimanche 17 octobre 2010
Nénette Se Démaquille.
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Un hérisson aux pics pâlichons
Se prenait pour une boule de coton
La bestiole était née comme un balbutiement
Sortant immaculée du gros ventre piquant
De sa mère plus brune qu’un trait d’encre de chine
Mais qui pourtant l’aima malgré sa mauvaise mine
Notre hérisson hélas se sentait différent
Des siens mais très proche inexplicablement
Des boules de cotons rondelettes
Qui démaquillent les coquettes
De cousines de teint à jumelles de sang
Il n’y a qu’un seul pas qu’il franchit aisément
En rejoignant celles qu’il prenait pour ses sœurs
En mêlant naïvement ses pics à leur douceur
Sa mère le pleura mais il vécut heureux
Jusqu’au jour où le sort lui en voulu un peu
Une main aux ongles faits lui fit voir le dehors
Et contre une joue poudrée pressa son petit corps
Plutôt qu’ôter le fard il lui griffa la chair
Et laissa sur sa peau une fort vilaine affaire
La môme défigurée hurla tel un vieux loup
Puis d’un coup de talon lui déboîta le cou
Et il finit ses jours sans le moindre prestige
Entre un mouchoir crasseux et un vieux coton tige
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mardi 21 septembre 2010
Nénette et Manouwne!
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_samedi 21 août 2010
Nénette Fait Sa Révolution.
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___________Trois battements de cils synthétiques
___________Un bras articulé qui flanche
___________Une tête blonde se penche
___________Barbie lascive dans son monde scintillant
___________A des paillettes qui brillent jusqu’entre ses dents
___________Des doigts d’enfant lui inclinent la nuque
___________Lui habillent les jambes, lui nattent sa perruque
___________Des heures à inventer mille vies à ce jouet
___________Pourtant avec le temps la blonde perd son cachet
___________Barbie et le beau Ken et ne font même plus l’amour
___________Barbie ne fait d’ailleurs plus grand-chose tout court
___________Elle s’étiole et s’abime dans son ennui paisible
___________Se ride d’une douce vieillesse invisible
___________Les heures s’étirent en jours et les jours en années
___________De sa poupée qui brille l’enfant est écœuré
___________Du miel de son sourire
___________De ses jambes qui s’étirent
___________Telles deux tendres guimauves
___________Il est temps qu’il innove
___________Pour sa dernière histoire
___________Elle sera Antoinette
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___________Un craquement sonore
___________Barbie n’a plus de tête

lundi 9 août 2010
Nénette Entend Comme un Bzz.
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___________Alice au pays des abeilles
___________Tourne sa jupe et s’émerveille
___________Hélas comme à celles des tiques
___________La petite est allergique
___________Aux piqures de fiel
___________Des faiseuses de miel
___________Un bourdonnement sourd, l’index seul est piqué
___________Puis la môme toute entière aussi sec trépassée
___________Et c’est le regard mort, les quatre fers en l’air
___________Que la blonde s’endort et termine ce vers
_dimanche 20 juin 2010
Nénette Invoque l'Eté.
Je suis la circonstance, le moment qui te tord le ventre, l’envie d’un goût glacé sur le bout de ta langue. Je suis madame volupté et bats de mes cils gelés, pour te séduire. On me prétend à l’italienne, mon nom de scène est vanille-fraise, marquise sur son cornet, ne vous déplaise._
Je suis le soleil, l’air sec qui te suit à la trace, le sucre gelée qui fond sous tes ongles et sournoisement trace son sillon entre tes phalanges. Je suis cette chose dégoulinante, cette masse de glucose perchée sur un biscuit humide, ces colorants qui surnagent. Je suis l’écœurement servi sur un cornet, je suis la poisse sur tes mains, le régulier goutte à goutte éclaboussant tes orteils. Je suis le sourire forcé, la fausse satisfaction que tu affiches de m’avoir dégustée.
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Mon nom de scène est vanille-fraise, je vends du rêve ne vous déplaise. Tu m’as vu double sur un cornet, c’est pourtant moi qui t’ai gobé.
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(colorées!!) de la petite miette que je suis! J'ai commencé par un petit texte estival, pour célébrer les températures qui ont intérêt à grimper demain, parce que c'est écrit sur le calendrier nom-d'un-tourne-disque! De mon côté tout va bien, je suis en train d'éradiquer la poussière qui s'est installé en masse dans mon appartement, histoire de tout astiquer avant le grand départ programmé au 30 Juin. En attendant, en plus (donc) de jouer les Cendrillon, je profite de mon amoureux à Bordeaux, et je m'offre des vacances bien méritées. Retour à AlbiCity le dimanche 27 Juin... avec l'amoureux en question! Et ouiiiii!! Que vous dire de plus à part celà, si ce n'est que j'ai des milliers de choses en tête... Je vous embrasse! A très vite! vendredi 12 février 2010
Nénette Aime Les Tragédies.
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C’est Doucette qui succomba la première, un peu avant son heure. D’une seconde qui se sentit plus fatale que les autres, d’un instant tragique, immédiat et indolore. Le jour où les jambes maigrelettes de Doucette se dérobèrent sous elle, le talon de ses escarpins bon marché claqua sur le carrelage bicolore de sa petite cuisine. Un corps pâlichon étendu sur un quadrillage rouge et noir, quatre centilitres de citronnade au fond d’un verre à moutarde posé sur une table en liège, un néon mal remplacé qui grésillait en éclairant la scène, voici ce que découvrit Barthélémy une heure et vingt-deux minutes plus tard, le panier des courses sous le bras. On dit qu’il laissa alors les années vivre pour lui. Et qu’elles vécurent, s’étirèrent, se tordirent vers l’infini. Avant de finir par éteindre son souffle, un quatre juin, vers vingt-trois heures, un soir sans pleine lune, ni vent qui secoue les branches, un soir plutôt triste en définitive.
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Doucette fut mise en terre un samedi matin, sous un soleil morne et froid. Ce ne fut pas un bel enterrement, et il n’y eu pas foule. Ces deux là ne côtoyaient pas grand-monde, de toute façon. Barthélémy se trouvait au premier rang, la raie sur le côté, son veston noir bien boutonné, ses petites mains posées sur ses genoux, en une sorte de prière crispée, se répétant qu’il n’était pas fait pour cette chose écœurante qu’était l’amour. Il ferma ses paupières, et sous ses cils rejoua le film de son histoire. Sa rencontre avec Doucette, la fougue de leur premier baiser, l’ivresse de leurs désormais lointaines étreintes, il revit la canine mal alignée à ses voisines que découvrait son sourire imparfait, son sourcil gauche qui se fendait en accent circonflexe lorsqu’elle s’inquiétait, ses longs doigts graciles qui glissaient sur ses épaules, dans le temps. Tandis que le prêtre psalmodiait, il sentit son souffle parfumé, son odeur de cannelle et de riz au lait, entendit son rire de trompette, ses talons qui claquaient, il la revit boire sa citronnade quotidienne, farder un peu trop ses yeux, brûler les tartines le matin, trop saler les pâtes le soir, il rejoua les conversations vides qu’ils entretenaient, ressentit ce nœud que les années avaient progressivement resserré dans sa poitrine, et l’émerveillement qui l’avait peu à peu quitté lorsqu’il se réveillait à côté d’elle, et de sa fadeur, tous les matins. Il déplora en silence sa bêtise, le pétillement d’intelligence manquant à son regard, les études qu’elle lui avait interdit de reprendre, les amis qu’elle lui avait empêchés d’avoir, les promesses enflammées qu’ils s'étaient faites à vingt ans, et la cage barbelée qui avait pourtant remplacé sa vie, une vie terne, brûlante d’ennui. Il détesta une dernière fois ses ongles trop rouges, ses déshabillés de mauvaise main, ses fautes de français, ses moues insipides. Son sourire, sa voix, sa personne. Il maudit ce cercueil qu’on recouvrait de terre, ces bras qui l’étreignaient, ces regards mouillés, cette cérémonie lugubre qui lui avait valu ses dernières économies. Il sentit son corps en feu sous sa peau, et bien qu’il sût qu’il l’emporterait avec lui dans la tombe, il eut envie de crier la vérité.
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Car une goutte d’arsenic avait suffi. Une goutte, même pas de quoi altérer le goût de la citronnade. Une goutte seulement pour emporter cette vie inconsistante, cette poupée de chiffon, cette enveloppe de frustration qu’était Doucette. Frustration qu’il ressentit jusque dans son crime, facile, sans effort. Une goutte…
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Non, Barthélémy n’était pas fait pour cette chose écoeurante qu’était l’amour.
vendredi 4 décembre 2009
Nénette & Les Contes d'Effet.
____Elle avait les yeux bleus et s’appelait tristement Cannabis. Son père n’avait pour ainsi dire jamais existé, et sa mère la haïssait depuis qu’elle l’avait su grandir sous ses côtes. Elle l’appela Cannabis dans un élan de haine mêlé de frustration. Frustration de ne pas avoir su garder son homme. Haine envers cette môme qui lui rappelait son échec. Lorsqu’elle l’expulsa hors de son ventre, elle refusa de crier. Elle se contenta de fixer la gamine qui braillait, en se jurant qu’elle ne trouverait pas le repos tant que ce bout de chair humaine à la voix de crécelle n’aurait pas vécu l’enfer. Elle s’y appliqua avec tant de hargne et de détermination que son plan fonctionna. Elle retrouva le sourire en maltraitant sa fille, en l’élevant dans la crasse, la nourrissant de vide. Il n’y eu pas d’histoire avant d’éteindre la lumière, pas de petites robes en tartan, pas de tartines au beurre. Elle l’habillait en garçon, lui coupait les cheveux de travers, la privait d’école, d’instruction, d’affection. Et s’en délectait. Jamais elle ne lui adressa un autre mot que ce prénom, Cannabis. Il tombait comme un couperet derrière la nuque de l’enfant, et se muait, jour après jours, en agression à huit lettres. Les années se succédèrent, et la mère perdit son âme en même temps qu’elle perdit la raison. Le matin de ses dix-huit ans, Cannabis s’éveilla sans sourire, elle fourra deux livres dont elle ne savait même pas lire le titre dans une taie d’oreiller travestie en sac, et passa pour la dernière fois le pas de sa porte. La rumeur dit que la mère rendit son dernier souffle ce jour-là.
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___Il avait la barbe taillée en V et le regard perçant. Des années qu’il habitait cette terre, des années qu’il dessinait des poèmes dans sa tête sans pouvoir les transcrire. Le vieil homme était dyslexique, et sur le papier sa poésie avait un air de composition bâclée par un mauvais élève. Lorsque, dans de rares tentatives, il essayait de tracer ce qui sonnait si juste en lui, c’était pour finalement voir des lettres s’entremêler, des boucles s’enrouler, s’aplatir, des mots se travestir. Cependant, si le vieux poète n’avait pas l’orthographe facile, sa mémoire était des plus vaillantes. En quatre-vingt cinq années d’existence il apprit par cœur et se répéta tous les jours pas moins de cinq-cent-quarante-sept poèmes, des sonnets, des quatrains, des milliers de rimes qui s’épousaient à la perfection, de mots qui brillaient comme des bijoux. Mais quatre-vingt-cinq années sont bien le poids de toute une existence, et un matin, à son réveil, il fut incapable de réciter la dernière rime de son cinquante-quatrième tercet. Ce matin là fut le matin où le sens qu’il avait donné à sa douce vie de poète se tordit pour se resserrer autour de son coup. La vieil homme se sentit suffoquer, et passa précipitamment le pas de sa porte en priant pour qu’un supplément d’air dans ses poumons lui rende sa rime, et sa sérénité. La rumeur dit qu’une mère rendit son dernier souffle ce jour là.
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___C’est ainsi qu’ils se rencontrèrent, dans un instant de détresse dévorante, avec au ventre la peur grandissante de finir seuls, et inutiles. Cannabis croisa le regard perçant du vieux poète, le vieux poète dévisagea Cannabis. Il lut son âme à travers ses deux prunelles bleues, il ressentit son envie de naître à nouveau, de recommencer quelque chose de plus beau. Il la prit sous son aile, et elle aima ce nouveau père loufoque à la barbe en bataille. En une année il lui apprit à lire, en six mois elle parvint à écrire sans trop de fautes. Lentement, ils transcrivirent ensemble les cinq-cent-quarante-sept poèmes, et sur le papier, tracée de cette petite écriture infantile et tremblante, la poésie du vieil homme s’en trouva plus belle, plus précieuse. Ce fut Cannabis qui remplaça la rime manquante du cinquante-quatrième tercet. Ses mots étaient justes et lumineux, et son art se mêla rapidement à celui de son maître. De ces deux âmes d’artistes, on n’aurait su dire laquelle était la plus vieille. Elles fonctionnèrent ensemble, jusqu’à l’issu logique de toute vie. Nul ne sait qui des deux partit le premier. Sont-ils d’ailleurs vraiment partis? Ils vivent encore, sous une rime, derrière un alexandrin. Dans chaque poème, ils vous sourient. Cannabis, et le vieil homme dyslexique.
samedi 21 novembre 2009
Nénette Sous La Douche!
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___Je suis un pommeau de douche. Quinze pourcents d’aluminium, quatre-vingt-cinq pourcents d’acier inoxydable. Quelqu’un, un jour, a percé ma tête de trous par lesquels je crache dorénavant sur demande des litres d’eau potable qui se perdent à travers un siphon. Je ne suis pas artificiellement intelligent, je ne suis même pas robotisé, j’obéis juste à des bras, des jambes, des corps humains qui m’utilisent et m’ont greffé sur le mur de leur douche. Mon existence est monotone. Je compte les heures en micromètres carrés que la corrosion vient grignoter sur mon crâne, les jours en clignotement des néons de la salle d’eau, les années en rides qui creusent irrévocablement les peaux de mes propriétaires. De mes tortionnaires devrais-je dire. Deux enfants, deux parents. Et cinq années que je suis bétonné, comme menotté, à ce mur d’un blanc sale, et que dans l’espace limité par trois cloisons humides et un ridicule rideau de douche griffée Ikea, j’asperge consciencieusement leurs visages, aplatis leurs cheveux contre leurs nuques, fais couler leur rimmel, piquer leurs yeux. Cinq années au fil desquelles j’ai vu la petite fille se muer en adolescente au physique ingrat, le crâne du père se transformer en terre hostile, le ventre de la mère enfler, se déformer, et trois saisons plus tard laisser place à un amalgame de peaux plissées et de cicatrices, au fil desquelles j’ai entendu des pleurs, des grincements de dents, des voix de crécelles qui faisaient trembler les murs, au fil desquelles j’ai surpris des situations indécentes, des enchevêtrement écœurants de bras et de jambes, de ces visages trop bien connus, ou parfois d’autres, anonymes.
J’ai cinq ans et je ne supporte plus de fixer ces corps blancs, bourrelés, hideux, criant de défauts. Ces quatre parcelles de peau laiteuses, sur lesquelles on me presse, sur lesquelles je crache mon dégoût, ces enveloppes nues que je noie sous mes jets pour les brouiller à ma vue, que je brûle d’une eau trop chaude, que j’abîme de toutes mes forces.
Car n’avez-vous jamais remarqué à quel point il est difficile de me régler ? Et croyez-vous vraiment que ce soit un hasard ?
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dimanche 15 novembre 2009
Nénette Voudrait Bien Deux Sucres S'il Vous Plaît.
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Le Bonbon Rose
mardi 10 novembre 2009
Nénette Porte Du Noir.
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mardi 27 octobre 2009
Nénette Raconte Des Histoires.
mardi 22 septembre 2009
Nénette Enfiiiiin!
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_ Il est midi-soixante-deux sur le cadran digital de la grande tour d’aluminium. Au pied de l’édifice, sous le poids écrasant de sa hauteur, se tient la môme, le cœur épinglé sur ses rêves, palpitant d’espoir. Elle contemple le chaos qui s’élargit devant ses cils, en sorte de nuée lacrymale, qui serait à la fois la cause du drame, et son effet. L’effet du temps. L’effet de cette broutille délaissée qu’a été le destin. Il pleut sur la ville à cet instant, il pleut sur la planète, et les nuages qu’on essore ont des formes de chamallow. Il est midi-soixante-deux, l’heure inattendue, l’heure déguisée en guillotine. La pluie ne cessera que lorsqu’elle aura enseveli les hommes, lorsqu’elle aura lavé le monde, l’aura déshabillé de ses mauvaises herbes. Alors la môme s’enracine sous la grande tour d’aluminium, elle se voit dans ses vitres noires, et l’éclat sombre du verre se retrouve dans ses yeux, en une mise en abime sinistre. Les femmes crient, les bébés pleurent, les visages se déforment à en faire peur, les gouttes de pluie se changent en flammes et dévorent les arbres. Il ne restera bientôt plus rien de la ville, hormis la tour, désormais rougeoyante, et puis la môme, protégée par ses murs. Il n’y aura plus de soir, plus de matin, il est midi-soixante-deux, l’heure de la fin. L’heure de l’apocalypse. Le temps s’est arrêté. Les immeubles se tordent, s’effondrent, mais le crissement du verre n’est rien à côté de celui des rêves qui se brisent. La môme ne frissonne pas, elle attend. Elle attend que le ciel s’écroule, fracasse son crâne, disloque son squelette. Elle attend d’être une miette, pour se sentir enfin légère. Délivrée du poids d’exister. Il est midi-soixante-deux et même la nature rend les armes, dispersé en cendres encore fumantes. Et la tour dégringole, à son tour. Alors la môme ferme les yeux.
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mercredi 5 août 2009
Nénette Sur Une Plage.
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Il y a très peu de gens beaux sur la plage. Le soleil m'apparaît comme une sorte de révélateur, de pellicule photographique sur laquelle viennent se figer les preuves de la banalité humaine. Je ne vois pas de corps, je vois les jambes trop courtes, les peaux plissées, les cheveux emmêlés se frayer un passage dans l'eau en éventrant leur reflet, et le sillon qu'ils tracent à la surface laisse comme une marque de défaite, dans ce combat implicite entre les hommes et la mer dont-ils ont investi les bords, en masse. Entre les hommes et Mère Nature. Mais peut-on vraiment parler de combat, quand l'un des deux contestants fait office de poussière?
Il y a des notes de musique contre mes tympans, derrière les instruments surnage le bruit des vagues et ce silence retentissant qu'est le son de la tranquillité. Et une odeur de vacances s'insinue entre les grains de sable.
Il y a très peu de gens beaux sur la plage.
Pourtant aujourd'hui est une belle journée.
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