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vendredi 6 avril 2012

L'Overdose de Nénette.




/!\ ATTENTION ROMAN FLEUVE /!\


{ les photos qui ponctuent l'article sont issus de Rookie Mag, le mag de Tavi! }
( une merveille de magazine soit-dit-en-passant )

En ce moment, j'ai vraiment, vraiment pas la frite les enfants. Je barbouille tout en noir, je remets tout en questions. Sûrement car ma patience a été un peu trop éprouvée ces derniers temps, sûrement parce que l'attente du verdict qui décidera de ce que sera ma vie l'année prochaine commence à se faire rude. Bof. J'ai du mal à me motiver pour quoi que ce soit, j'ai tendance à glander, ce qui est soit dit en passant une chose que je déteste. Donc en résumé je n'ai de motivation que pour pratiquer une activité qui me barbe puissance dix mille. Oui, quelle vie saine et sereine je mène hein.


Avec mon budget riquiqui de jeune glandeuse, je remets donc beaucoup de choses en questions, et notamment ma relation aux fringues. Il y a quelques semaines, alors que toutes les nouvelles collections fleurissaient en vitrines et faisaient baver les nénettes de mon espèce, j'ai senti mon addiction au shopping en ligne plus forte qu'elle ne l'avait jamais été. Peut-être était-ce un moyen de contourner l'interdiction de faire les magasins que je m'étais donnée. Vachement rusée la nénette, hein. Je passais mes temps morts (et ils furent nombreux, oui février et mars 2012 furent je crois les deux mois les plus moroses de ma vie) à remplir des paniers fictifs sur Asos, Monshowroom, à ajouter des pages à mes favoris, à zieuter les looks des blogueuses, à faire des calculs. Résultats des courses, j'ai transformé cet acte d'autosatisfaction par excellence qu'est le shopping en un embroglio de frustrations... "Si je prends ce pantalon j'explose mon budget, ah oui mais avec le code réduction je peux me permettre ce short, et puis il me faut exactement deux tee-shirts, un menthe et un jaune, une jupe imprimée et une robe à col marin... le tout pour 3,50€, bien entendu". Croyez-moi ou non les amis, mais j'ai bien senti à ce moment là que mon âme se faisait la malle. Et j'ai véritablement réalisé que les choses dérapaient lorsque je me suis retrouvée à zoner sur les e-shop de boutiques plantées bien droites à douze minutes à pied de chez nous. J'avais perdu cette joie que j'avais pourtant toujours éprouvé lorsque je m'octroyais quelques heures de shopping, cette envie d'effleurer de jolies tissus, de fouiner à droite à gauche pour repartir toute fière avec une chouette trouvaille. J'avais tout mécanisé, j'étais devenu un robot du clic, même mes sorties en ville tournaient à l'obsession, et après l'achat d'une pièce, je passais des heures à me questionner sur ce que je venais de faire, à regretter d'avoir écorché mon porte-feuille pour ça. Je crois que ces derniers mois, je n'ai jamais vraiment été hyper heureuse, d'aucun de mes achats. C'est nul hein? A trop réfléchir sa garde-robe, on perd le plaisir de s'habiller le matin (ou l'après-midi, pour les feignasses de mon genre). Je ne sais pas comment on peut en arriver là, donner une telle importance à cette enveloppe superficielle que sont les vêtements. Je crois que tout ça provient du fait que ma situation actuelle m'interdit de vraiment profiter d'eux, moi qui ai les ai toujours aimés. Et comme une gamine attirée par l'interdit (ou comme Winnie par le gros pot de miel), je flanche à ma manière. J'ai l'impression que lorsqu'on se sent un peu perdu dans sa vie, les petits riens prennent des proportions scandaleuses.


Résultat, aujourd'hui, je suis un peu dégoûtée des teintes pastels, des cols claudines, du néon, du fluo, des imprimés fleuris, des paillettes, bref de ces tendances que je connais par coeur et dont je fais une overdose. Je rêve de basiques, de jupes en jersey, de tee-shirts en cotons, de pièces simples, qui s'assemblent facilement. Et oui, même si tout ça ne sonne pas très funky, je m'éclate, car je me sens inspirée, à nouveau. J'ai mis en sourdine les tentations du net, je fais un peu les boutiques (mais pas trop), j'ai des coups de coeur qui me font frétiller. Y a du progrès.


Ces dernières semaines, j'ai compris le sens de la fameuse appellation fashion victim. Je pense que je ne suis pas la seule, je crois que c'est une frénésie qui peut toucher tout le monde, par l'intermédiaire des fringues, mais pas que. Vivre de petits jobs pendant une année, en squatteuse d'un appartement qui n'est pas le sien, se réveiller chaque matin en sachant que la journée qui se profile ne sera qu'une succession d'heures insipides, ne plus avoir de but, vivre mécaniquement dans l'attente d'un verdict... sincèrement ça n'est pas simple. J'avais jusqu'à présent réussi à garder mes sens en éveil, à cultiver mes centres d'intérêts, j'alimentais régulièrement le blog (oui plus pour moi que pour les autres, je l'avoue)... Mais alors que je suis finalement assez proche du but, je ressens comme un tsunami de ras-le-bol en moi, et une envie plus que pressante de m'approprier subitement tout ce que je n'ai pas. Fringues, voyage à Barcelone et appartement, pour vous la faire courte. Bah ça va passer me direz-vous. Je suis d'accord, et j'ai de toute façon bon espoir. Mais qu'est-ce que c'est difficile de se sentir princesse malgré tout. Enfin, cette année m'aura au moins fait réaliser à quel point les e-shops sont à consommer avec modération (c'est même de cette modération que jaillit la petite étincelle, et je vous montrerai d'ailleurs de jolies choses bientôt). Et finalement, pas si vitaux que ça (à part Etsy haaaaaaaaa! - mode hystérique réactivé - ).

Un billet un peu long, futile et inutile (admettez quand même que la série de photos dinos est à s'éclater la tête par terre!), certes, mais que j'adresse du fond du coeur à celles et ceux qui se reconnaissent un-peu-beaucoup-ou-passionnement dans tout ça, que vous soyez tristes, fauchés, dans le doute, ou complètement accro à des trucs débiles, je vous promets que mêmes les horribles choses ont une fin. Bah oui! Allez, bises!



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samedi 10 mars 2012

Nénette, Edward, Dina, Alice et Laura.






Alice au pays des abeilles
Tourne sa jupe et s'émerveille
Hélas comme à celles des tiques
La petite est allergique
Aux piqûres de fiel
Des faiseuses de miel

Un bourdonnement sourd, l'index seul est piqué
Puis la môme toute entière aussi sec trépassée
Et c'est le regard vide les quatre fers en l'air
Que la blonde s'endort et termine ce vers



Le Buvard Diabétique, Anne PEREZ (Editions Persée)________
( OUAIIIIIIS GROS )__________



Les enfants, ça y est, je me lance dans un nouveau projet, le souffle un peu court. L'IDEE, je l'ai eu en lisant Edward Gorey, en m'extasiant devant l'expo Fallen Princesses de Dina Goldstein (dont j'ai d'ailleurs déjà parlé sur ce blog), en découvrant les crayonnés de Laura Laine, illustratrice de mode. Il n'y a pas vraiment eu de déclic, juste un nuage d'idées qui se sont peu à peu assemblées dans ma petite tête. L'Alice de mon Buvard Diabétique, mon texte le plus court mais probablement celui dont je suis le plus fière, qui correspond vraiment à ce vers quoi je veux aller... ce dessin de Laura Laine avec qui il s'associe si bien... les 26 bambins assassinés qui constituent l'abécédaire poético-morbide illustré d'Edward Gorey. Voilà, j'ai envie de dessins, de poèmes, de glauque, d'héroïnes déchues. Depuis juillet je n'ai rien écrit qui vaille la peine d'être lu, probablement parce que je ne suis pas une écrivain, mais simplement une fille qui a été inspirée, à un moment de sa vie. L'inspiration renaît en ce moment, je la touche du bout des doigts, mais je crois que le chemin va être long, très long. J'ai commandé du Gorey en-veux-tu-en-voilà sur Amazon, je vous conseille de faire de même, si vous aimez les contes qui se finissent mal, à la Tim Burton. Maintenant je vais juste essayer d'assembler les morceaux du puzzle. C'est marrant, ce matin j'ai regardé L'Agence, un film un peu nullos mais dont le message est le suivant: nous évoluons dans un monde où tout est orchestré par une bande de types en costume noir, qui font en sorte que vous renversiez votre café à un instant précis, que vous ratiez votre rendez-vous, que vous épousiez la bonne personne, pour respecter la bonne marche du monde, et le plan qui a été défini dans un intérêt commun. Si ça se trouve, et si on suit cette logique, il y a vraiment un type qui a fait en sorte qu'en mars 2012 je décide de zigouiller des princesses, en alexandrins. Bah dites donc si c'est le cas, je crois qu'on a du souci à se faire pour notre bonne vieille planète les mecs. Sur-ce, je m'en retourne à mes tâches d'hémoglobine. Bises!


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jeudi 3 novembre 2011

Nénette & La Fin/Faim.



Je pense souvent au jour du jugement dernier. J’essaie de visualiser un peu la scène, j’imagine un petit boudoir assez cosy avec de grands lambris en noyer hyper lustrés, trois petites bougies qui éclairent la pièce, deux fauteuils empire, un pour moi, l’autre pour un espèce de grand barbu en toge à paillettes. Dieu, ange, archange, j’avoue que j’y connais fichtre rien, mais en tout cas ça sera un type important, ça c’est sûr. Je ne sais pas exactement comment j'atterrirai là, je suppose qu’il y aura une histoire de lévitation au dessus de mon pauvre corps décrépi (pas trop décrépi tout de même je l’espère) et de poudre de perlimpinpin, et que pour ouvrir la porte du boudoir je devrais sortir victorieuse d’une bonne épreuve de dure à cuire à la Harry Potter, genre vaincre un gros troll qui pue ou gagner un concours d’imitations (avec mon "I am Chuck Bass" de high level je suis certaine de m’en tirer comme une masterchef). J’imagine très bien ce que le fameux barbu me dira : "Nénette, ma poule, tu es une fille plutôt sympa, mais de mon gros nuage intergalactique, j’ai bien été obligé de tout voir. Et Dieu sait (note: cet individu ne sera donc pas le tout-puissant, ce qui m’inquiètera davantage quant à l’allure du grand big boss, étant donné qu’en terme de paillettes, le niveau supérieur n’est à ma connaissance maîtrisé que par les Drags Queens les plus téméraires) que j’aurais parfois préféré être myope comme une taupe (cette phrase étant exagérément longue, vous avez sûrement perdu le fil, je vous invite donc à la relire en faisant abstraction des propos entre parenthèses, celles-ci comprises)." Là je suppose que je tremblerai comme une feuille et je lui dégainerai mon regard de loutre à l’agonie en ultime tentative d’apitoiement, chose qui, je l’ignorerai alors, ne fera qu’aggraver mon cas. "Nénette, poursuivra le Drag Queen de niveau 1, je sais tout. Je connais ta tendance refoulée pour les crevettes à la BB Brunes, je mesure toute l’ignominie de cet acte contre nature que tu as commis en allant voir à cinq reprises le premier volet de Twilight au cinéma." J’aurais beau me défendre, dire que j’ai réalisé ma faute, n’ai vu le deuxième opus que deux fois en salle, et le troisième uniquement sur mon PC, et que j’étais à ces cinq reprises accompagnée et que je ne tomberai pas toute seule (merde !), l’homme ne voudra rien savoir, et poursuivra, imperturbable :  "Je reconnais certes que Robert Pattinson est ultra sexy, mais hélas d’autres crimes plus graves m’empêchent de faire preuve de clémence. Ne nie pas que tu as envoyé des SMS pour sauver des candidats de plusieurs saisons de Secret Story, que tu as fait croire à tout le monde que tu était mordue de Mad Men alors que tu regardais Glee en cachette, que tu as pleuré en partant en stage à Bruxelles lorsque tu as réalisé que tu allais rater six mois d’épisodes de Plus Belle La Vie." Je réaliserai alors que tout est perdu, et j’aurai beau bafouiller que j’ai voté pour Marie parce que j’étais effarée de la méchanceté des autres candidats, et que je suis allée au bout de Mad Men mais que les dialogues étaient trop compliqués pour moi, rien n’y fera. Mais l'archange à paillettes me laissera une dernière chance. Je me retrouverai donc en épreuve de sous-pression, à devoir reproduire en haut du Mont Blanc et les yeux bandées la pièce montée ("c’est la pièce montée de votre vie !") aux huitres et au piment d’espelette du chef Yves Camdeborde pendant que Sébastien Demorand me serrera son foulard à pois autour du coup, le tout en 4 minutes sinon ça serait trop facile. M’enfin, tout ça n’a pas vraiment d’importance vous savez. Car ce soir, il y a la finale de Masterchef.




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Pour rester dans une veine culinaire, voici 3 recettes colorblock et de saison que j'ai chipées sur le blog Je veux être bonne, une délice pour les pupilles ET les papilles! Je suis d'ailleurs toujours émerveillée quand je tombe sur des blogs pareils, par le talent de la cuisinière-photographe-génie-du-montage-vidéo. Alors oui-oui-oui je suis très popote en ce moment, oui-oui-oui je suis peut-être victime d'un conditionnement par la télévision, mais lorsque cuisine rime avec poésie, je ne peux que sautiller partout! Un clic sur chaque photo renvoie à la recette, mais avant, faites moi plaisir, essayer de deviner quel est l'ingrédient phare de chacun des plats! :) Et voilà que j'ai follement envie d'investir dans une machine à pâtes moi... Mon dieu ma nouvelle lubie serait-elle en passe de prendre le pas sur mon addiction aux chaussures et aux cols Claudine? Allez bises!


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mercredi 14 septembre 2011

Nénette & Quelques Rides.




On sera comme ça nous. Le corps tout cabossé, lui anobli par une une belle crinière grise, moi fidèle à mes mixtures colorantes, mais le front strié des épreuves du temps. Je le vois déjà, sa belle peau dorée tannée par les années, la barbiche un poil plus imposante, et son sourire qui brille encore, et pour toujours. J'imagine le contact que créera ma main fatiguée dans la sienne, sera-t-il le même? Comment ressent-on une peau froissée par le temps? Est-ce que chaque effleurement rappelle l'issue qui se rapproche? Ou bien se ressent-il en fait comme l'exponentielle de la somme de tous les effleurements passés? Y a-t-il une explication rationnelle à la mécanique de l'existence? Et si on frissonnait davantage, lorsque notre squelette ne tient plus vraiment en place? Si on ressentait plus la vie? 

Je nous vois, main dans la main, nos corps rapetissés de quelques centimètres assis tant bien que mal sur une banquette de métro, qu'un jeune couple d'amoureux nous aura gentiment laissée. Je vois mes yeux qui clignent, qui lisent et relisent les noms des arrêts qui défilent, je me vois oublier leur ordre, mais finalement je ne m'en sors pas si mal. Je le vois lui, son bras rassurant qui n'aura finalement jamais cessé d'entourer mes épaules, son regard un peu terni mais qui me perçoit plus fraîche, plus pimpante, plus jeune que je ne le serai jamais plus, et qui semble me dire à chaque instant: "Tu vois, on y est arrivé".

Où irons-nous, alors? Qu'aurons nous laissé derrière nous? Un mélange de nos ADN? Des pages de romans initiés par mes mains, inspirées par son parfum, sa douceur, sa perfection? Des bribes de voyages, des lieux, des époques, des circonstances? Combien de larmes pour combien d'euphories?

Je me vois ajuster la grosse monture de mes lunettes, plisser désespérément mes yeux lorsqu'il s'éloigne un peu trop, que sa silhouette se perd dans un brouillard flou. C'est encore et toujours lui qui ouvre la marche, qui couvre mon passage, qui rassure mes petits pas. J'imagine sur lui un grand manteau marine au col bien chaud, un joli couvre nez, un pantalon en tweed. Et je me demande si moi aussi, je porterai ces tissus, ces couleurs, ces formes universelles qui uniformisent les vieilles personnes. Je me demande si le goût, ou tout simplement l'envie d'avoir du goût se perd avec le temps. Y-a-t-il une lassitude? De l'apprêté, du sophistiqué? Ne revient-on pas à l'amour de la simple simplicité? Ne devient-on pas minimaliste? 

Qu'auront-ils inventé pour nous faire trembler? Jusqu'où la technologie sera-t-elle allée pour nous mettre à l'épreuve? Est-ce qu'on sera deux vieux grincheux, est-ce qu'on perdra un peu la boule? Je ne me vois pas désorientée. Je ne me vois pas seule. Je nous vois, riant de nous, riant du temps. Un rire pour chaque épreuve traversée. Des années donc à se tordre de rire, à tordre le cou au passé. Je nous vois user des mêmes surnoms, des mêmes intonations stupides. Je nous vois nous moquer du temps, manger des tagadas en cachette, sautiller bravement sur du Elvis, je nous vois commander italien, à la lumière d'une bougie, je vois ses petites rides qui s'illuminent, sa main qui serre la mienne, ma bouche peinturlurée qui envoie un baiser. Je nous vois jeunes, jusque dans nos sourires. Je nous vois fous d'amour, je nous vois libres.


(Je t'aime.)
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dimanche 7 août 2011

Nénette S'y Recolle.

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La fille qui n'existait que dans cette histoire.


Allez savoir pourquoi, c'est d'abord une main qui se dessine. Une main aux ongles bien coupés, aux phalanges qui se distinguent. Une main aux doigts fins, une main habile, surement. Oui je la verrai bien gribouilleuse mon héroïne. Ou peinturlureuse, une griffure à l'acrylique sur la joue droite, une large salopette tachée de craie déformant grossièrement son frêle petit corps de môme, plus petit que la moyenne. Quel age a-t-elle au fait? Combien d'années la mignonne? Je décide qu'elle en fait 14, mais qu'elle en pèse 25. Deux petits seins picotent sous sa gorge, un grain de beauté lui tatoue le bas des reins. Maintenant que la silhouette se trace, me voilà tentée de lui trouver un nom. Ou bien un pseudonyme, un sobriquet? Elle s'appelle Hortense Picorelle, dite «L'arachnéenne». Ainsi surnommée pour ses longs cheveux qui balaient presque le sol, mèche par mèche, tels les pattes de ladite bestiole en mouvement. Je la vois blonde, un peu pâlichonne, la bouche bien rose. Elle est plutôt jolie, mais a le menton en galoche. Et un parfum de riz-au-lait. Tiens, je ne lui donne pas de nombril, créons l'ambiguïté. Un peu comme si elle était née d'une rose, ou d'un bouquet d'orties. De toute façon je décrète que la gosse a grandi seule. Avec un air de petit garçon fâché, la raie sur le coté, de la terre sous les ongles. Hortense a les cheveux qui poussent trop vite, et le coeur qui bat trop fort. Les docteurs ont dit qu'elle ne vivrait pas vieille, la pauvre fleur. Ce qui m'arrange, car je n'ai pas envie de m'éterniser. Hortense est allergique au beurre de cacahuète, à la poudre d'escampette. Elle aime le chocolat chaud avec une pointe de cannelle, le pain perdu et le clafoutis aux cerise. Tout comme moi c'est juste, figurez-vous que l'inspiration ne jaillit pas inopinément de nulle part. Hortense n'a pas d'avis sur l'amour, mais elle s'est déjà glissée dans d'autres draps que les siens. Trois kits de literie différents, pour être exacte, ont déjà vu sa salopette tomber sur ses chevilles. Hortense aime sentir sa peau glisser sur une autre. Dans ces instants là, elle ressent un frisson caractéristique, chatouillant précisement aux deux tiers de la ligne qui s'étire entre son omoplate gauche et son épaule droite. Hortense donnerait tout pour ce frisson, car cette secousse lui rappelle qu'elle est encore en vie. La pauvrette sait bien qu'elle va mourir. Je m'étais jurée, pourtant, de ne rien lui en dire. Mais voyez-vous, j'avais cruellement besoin d'un peu de tragique pour décorer ces lignes. La fin est prévue dans trois jours, treize heures, sept minutes et dix-huit secondes. Un paragraphe devrait suffire, je présume._


En attendant son dénouement, Hortense mange des tartines au miel et boit du thé à la mente, un édredon de plumes sur les jambes. Sans doute s'estime-t-elle heureuse, la belle, de vivre les instants qui lui restent dans une histoire si confortable. Je l'observe dodeliner de la tête, certainement ravie par la douce odeur du thé fumant. Mais voilà qu'elle fronce les sourcils. Aurais-je oublié de préciser le beurre sur ses tartines? Hortense se lève, ses petites jambes fragiles la portent à peine. Quant à moi je tente de déterminer l'origine du problème. Y a-t-il un malentendu, ai-je mal orthographié un mot, commis une erreur de synthaxe? Hortense est toute nue et frissonnante, dans sa main scintillent les lames d'une paire de ciseaux à crans. Le crissement qui transperce le silence me transperce alors tout autant: sur le plancher git sa chevelure, sur le sol sont éparpillés les mots avec lesquels je me suis appliquée à la dépeindre. Que fait-elle, la malheureuse? Impuissante, j'observe ma marionnette saccager mon histoire. Hortense a les cheveux ras, rouges, le corps couvert de peintures de l'enfer, une main entre les cuisses, de l'autre elle mange du beurre de cacahuète à la cuillère. Je la vois qui se tord, qui gigote. C'est son petit corps tout entier qui s'est mis à faire la guerre. Elle proteste, la mignonne. Contre ces mots de fin qui sont écrit à l'encre, comme gravés sur son ventre. Il n'y a rien à faire, rien à dire. Pourtant elle fait, elle dit, elle crie son enfance difficile, ses envies d'être un garçon, l'extase qu'elle n'a trouvé qu'avec les filles. Le clafoutis qu'elle a vomi entre les lignes. Hortense Picorelle ne sait peindre que des cheminées qui fument, des volcans qui se rallument. Là voilà pourtant qui s'éteint, le souffle court. Ses petits bras frappent le vide, ses yeux s'élargissent de peur, pauvre amour. Agacée je vérifie l'écran de ma montre digitale: la petite veut partir en avance, soit, je la cloue donc d'un point final.
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dimanche 29 mai 2011

Nénette Reprend La Plume.

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La fille qui avait de grands yeux


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Elle bat des cils et le temps s’envole. Ses yeux sont deux petites lucarnes qui donnent sur des années d’apprentissage. De la vie, de ses cataclysmes, de des euphories. Des années qui l’ont grandi. Et elle pousse encore, la môme, derrière ses grands yeux qui brillent. Elle enracine sa belle âme, elle tend ses bourgeons vers le ciel. Ses yeux sont deux témoins sans âge, deux microcosmes qui foisonnent, deux lunes qui rayonnent. Je m’y vois à tous les temps, à tout instant. J’y comprends ce qui m’attend. Dans ses grands yeux je m’interpelle. Ils sont ma terre, ils sont mon ciel. Mon itinéraire. Et gravée sur leurs pupilles je lis les erreurs que je ne dois pas refaire, je lis l’espoir de me voir telle qu’il est écrit que je serai. Ils sont un miroir, un reflet.

Il y a de la place dans ses grands yeux. De la place pour une, de la place pour deux. Pour ces deux petits bouts d’embryons que nous sommes, à peine sortis de sa terre, à peine sorti de son ballon de monde. Deux petits bouts de chair, faits de doutes et de peurs, de chapeaux et de fleurs. Deux bouches rouges qui brillent, deux frimousses qui se maquillent, quatre talons qui clopinent, des tragédies qui se dandinent. On se bouscule dans ses grands yeux, on s’égratigne. Mais finalement on s’y voit belles, on s’y voit dignes.

Qu’ils sont précieux ces deux grands yeux ! J’y lis les choses qu’ils m’ont déjà apprises, les leçons qu’ils m’ont données, les rêves qu’ils ont guidés. Dans ces grands yeux je suis en sécurité. Je suis en paix. Car ils sont plein d’amour, ils sont brillants. Les grands yeux verts de ma maman. _
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samedi 29 janvier 2011

Nénette & Les Etoiles.

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La fille qui regardait les couchers de soleil seule
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____Ses yeux sont deux mares grouillantes. Deux plans d’une eau vert acide, piquetée de reflets qui scintillent sous un certain angle. Tandis que celui de droite peut fixer franchement ce qu’il a devant lui, celui de gauche se promène de biais, mais ce regard qui s’échappe a quelque chose de mystérieux. Incroyable d’ailleurs à quel point le décalage d’une pupille de quelques dixièmes de centimètres peut compromettre toute la banalité d’un visage. Car cet œil qui flanche a réinterprété ses traits, de l’arrondi du sourcil jusqu’à l’énigme d’un sourire, révélant différemment le plissement de ses fossettes. Il fait beau sur ces globes humides, et la rangée de cils recourbés plantée en bataillon au dessus de ces deux rondelles qui brillent filtre un peu de leur éclat.
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Cette lumière, elle la puise dans les étoiles, dans le blanc aveuglant de la lune qu’elle dévore des pupilles toutes les nuits, après le coucher du soleil. Ce rituel, elle l’a d’abord instauré pour mettre en pièce un vieux cliché. Celui des deux amoureux, qui s’assoient au bord du vide, dos et nuque côté à côte, les doigts entremêlés, et dont les mines se détournent difficilement l’une de l’autre pour contempler sans vraiment la voir la ligne d’horizon qui lentement s’éteint. L’amour, elle, elle ne l’a jamais connu, ni même rencontré. Elle s’est d’abord crue infirme, comme dénué d’un sens, d’une perception, d’une certaine forme de lucidité. Puis le temps allant, elle s’est sentie investie d’un nouveau charisme, s’est vue maîtresse d’un destin atypique et a mené sa guerre contre ce sirop trop sucré qu’est l’amour, rejouant ses traditions, ses banalités. Aujourd’hui elle regarde les couchers de soleil seule, petit point de chair rose planté au bord d’un précipice, les jambes ballotant dans le vide, les cheveux déployés dans le vent. Elle a dix, vingt, trente ans. Elle ne vieillit plus, elle grandit avec cette flaque de lumière rougeoyante qui étend doucement ses bras vers elle.
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Des années qu’elle détaille le phénomène, qu’elle apprend ses nuances par cœur. Elle connaît les cycles de la lune, la position des étoiles, les dessins qu’elles forment dans le ciel. Pourtant jamais elle n’apportera d’objectif, ou d’engin monté sur un trépied. Elle veut rester fourmi, face à l’immensité. D’ailleurs n’est-elle pas mieux les bras écartés, la tête renversée, les deux yeux grands ouverts, simple spectatrice de la succession de ces dégradés de rose, rouge, orangé, de cette tâche d’encre bleue qui doucement uniformise le ciel ? Elle se sent libre, et la solitude n’est pas un poids, car en réalité elle n’est plus seule depuis longtemps.
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Ce soir elle s’est maquillée. Elle a allongé ses cils, poudré ses joues, rosé ses lèvres. Elle a natté ses cheveux et dénudé ses jambes. Et une nouvelle fois elle s’assoie au bord du monde, le cœur vibrant. Cette nuit est la sienne. Cette nuit le soleil ne se couchera pas seul. Combien de temps lui a-t-il fallu pour comprendre qu’ils étaient deux célibataires à s’observer chaque soir, à vibrer ensemble ? Encore une fois elle assiste à la danse de l’astre. Et tandis qu’il diffuse ses rayons, il lui semble pour la première fois entendre comme une sérénade dans le souffle du vent. Elle se sent comme submergée, renversée par une vague de chaleur. Personne, pas même elle, malgré son armure de guerrière, ne peut vivre sans amour. Elle se penche en avant. Le ciel est partout, même dans le vide qui s’étend sous ses pieds nus. Alors, tandis que la dernière touche de lumière disparaît doucement au dessus d’elle, elle se laisse tomber.
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Et dans la douce brise on entend on violon.
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PS I: Hourra j'ai réussi à écrire!!! Nom d'une cacahuète, ça fait du bien! Merci Yann! ;)
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PS II: Sur la photo, c'est Eva Green. J'ai une sorte de passion pour cette actrice (en tout bien tout honneur hein!!) depuis que je l'ai vu dans le film Cracks, film pas vraiment extraordinaire en soi, mais hyper esthétique, et très novateur dans son genre puisque toutes les jeunes pensionnaires (l'histoire se déroule dans un pensionnat de jeunes filles) sont jouées (avec talent) par des actrices sans expérience. Eva Green est vraiment magnifique, et j'ai souvent du mal à dire ce genre de choses d'une actrice. Pour moi, elle domine de dix têtes au moins toutes les Zeta Jones et Cie que je ne supporte pas... Et ses tenues dans ce films sont... oufissimes!!! Donc si vous voulez rêvez un peu... Voilà voilà, c'est tout pour aujourd'hui! Bises
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dimanche 17 octobre 2010

Nénette Se Démaquille.

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Le hérisson qui se prenait pour une boule de coton
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Un hérisson aux pics pâlichons
Se prenait pour une boule de coton
La bestiole était née comme un balbutiement
Sortant immaculée du gros ventre piquant
De sa mère plus brune qu’un trait d’encre de chine
Mais qui pourtant l’aima malgré sa mauvaise mine
Notre hérisson hélas se sentait différent
Des siens mais très proche inexplicablement
Des boules de cotons rondelettes
Qui démaquillent les coquettes


De cousines de teint à jumelles de sang
Il n’y a qu’un seul pas qu’il franchit aisément
En rejoignant celles qu’il prenait pour ses sœurs
En mêlant naïvement ses pics à leur douceur
Sa mère le pleura mais il vécut heureux
Jusqu’au jour où le sort lui en voulu un peu
Une main aux ongles faits lui fit voir le dehors
Et contre une joue poudrée pressa son petit corps
Plutôt qu’ôter le fard il lui griffa la chair
Et laissa sur sa peau une fort vilaine affaire
La môme défigurée hurla tel un vieux loup
Puis d’un coup de talon lui déboîta le cou
Et il finit ses jours sans le moindre prestige
Entre un mouchoir crasseux et un vieux coton tige
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Et oui je me sens l'âme poète en ce moment...:)
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mardi 21 septembre 2010

Nénette et Manouwne!

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Photomaton,




loukoums



&



_poissons-clown!









Je collectionne les jolies week-end en ce moment... Les photos du délicieux duo de journées que j'ai savouré avec ma belle Manon sont ICI. Monaco (une découverte pour moi comme pour elle, le temps nous a empêché de voir autre chose que l'aquarium du musée océanographique, mais je motive déjà mes petits pieds pour y retourner), Antibes, plage en plein mois de septembre... Le tout sur un fond de fleurs au sucre et de confiture de lait! Alors excusez-moi, mais tout ça mérite bien que je fasse deux gros bisous sur les joues de cette super-copine qu'est Manon. Mouuuuah!



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Au fait! Je vous mets juste en dessous un texte avec lequel je concours sur le blog de la talentueuse Typhaine... Parce que ça fait quelques temps que je n'ai pas gribouillé quelques mots par ici! Jetez un coup d'oeil aux consignes du concours, pour plus d'explications...;) J'vous kiffe! Bises!




TEXTE TRONQUE [ EXTRAIT DU LIVRE ]



"Deux petits talons imprimés de terre foulent l'herbe dans un léger chuchotis. Un corps frêle ploie, dix doigts graciles s'entremêlent, une tête brune se penche. Il y a du soleil aujourd'hui, et entre les feuilles des arbres, sa lumière comme tamisée mouchète de petites tâches fantômes les pommettes saillantes de la môme. Et tandis qu'une ombre caramel improvise une danse sur ses boucles décoiffées, elle tend de toutes ses forces son petit cou vers le soleil. Il y a comme un goût de nicotine dans la morsure légère que l'air laisse sur sa peau. La môme aspire, expire, expulse la fumée tandis qu'un reste calciné de cigarette flambe doucement entre ses doigts. Elle sourit. Elle aime provoquer cette nature trop bien rangée, noyer ses senteurs sous les siennes, lui voler ses feuilles pour déguiser ses cheveux. [...] Perdue au cœur de la foule, une rouquine planqué sous une capeline rouge se joue des interdictions et gèle sur la pellicule de son appareil photo l'empreinte du petit corps endormi. Pour saisir cette Innocence, fixer le terme, avant qu'il ne s'éteigne. Pour le faire vivre, ailleurs, après. Pour l'éterniser. Pour nous sauver tous, qui sait?"



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samedi 21 août 2010

Nénette Fait Sa Révolution.

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Who killed Barbie?
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___________L’odeur morte d’un géranium en plastique
___________Trois battements de cils synthétiques
___________Un bras articulé qui flanche
___________Une tête blonde se penche
___________Barbie lascive dans son monde scintillant
___________A des paillettes qui brillent jusqu’entre ses dents
___________Des doigts d’enfant lui inclinent la nuque
___________Lui habillent les jambes, lui nattent sa perruque
___________Des heures à inventer mille vies à ce jouet
___________Pourtant avec le temps la blonde perd son cachet
___________Barbie et le beau Ken et ne font même plus l’amour
___________Barbie ne fait d’ailleurs plus grand-chose tout court
___________Elle s’étiole et s’abime dans son ennui paisible
___________Se ride d’une douce vieillesse invisible
___________Les heures s’étirent en jours et les jours en années
___________De sa poupée qui brille l’enfant est écœuré
___________Du miel de son sourire
___________De ses jambes qui s’étirent
___________Telles deux tendres guimauves
___________Il est temps qu’il innove
___________Pour sa dernière histoire
___________Elle sera Antoinette
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___________Un craquement sonore
___________Barbie n’a plus de tête

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lundi 9 août 2010

Nénette Entend Comme un Bzz.

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Alice au Pays des Abeilles
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___________Alice au pays des abeilles
___________Tourne sa jupe et s’émerveille
___________Hélas comme à celles des tiques
___________La petite est allergique
___________Aux piqures de fiel
___________Des faiseuses de miel
___________Un bourdonnement sourd, l’index seul est piqué
___________Puis la môme toute entière aussi sec trépassée
___________Et c’est le regard mort, les quatre fers en l’air
___________Que la blonde s’endort et termine ce vers

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dimanche 20 juin 2010

Nénette Invoque l'Eté.

Je suis la circonstance, le moment qui te tord le ventre, l’envie d’un goût glacé sur le bout de ta langue. Je suis madame volupté et bats de mes cils gelés, pour te séduire. On me prétend à l’italienne, mon nom de scène est vanille-fraise, marquise sur son cornet, ne vous déplaise.
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Je suis l’arôme, distillé, prédit, calculé. J’ai été étudié, dénaturé, multiplié, échantillonné, j’ai parcouru des dizaines et des dizaines de mètres de capillaires cristallins, visité des burettes au goût de cyclohexane, rempli goutte après goutte un, deux, vingt-cinq erlenmeyers à la mine patibulaire. J’ai suscité des soupirs désespérés, des airs renfrognés, des grattements de tête et de crayons sur le papier. Tant d’efforts inutiles puisque ce sont tes yeux qui me respirent aujourd’hui, je me vois sur leurs globes humides, je m’y vois rose pâlichon, je m’y vois jaune malade, lorsque tu m’envisages en fraise croquante et vanille délicatement habillée de sa gousse. Je suis un mensonge, je suis une vérité déstructurée, une imposture de la couleur, du goût et de l’odeur de ton choix.
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Je ne suis d’ailleurs pas ta propre décision, je suis son anticipation. J’ai été conçue pour t’ôter le poids de toute réflexion, j’ai été pensée pour ton palais. Ce n’est pas un plaisir coupable que tu satisfais un m’avalant, c’est ton propre pouvoir que tu troques contre quelques pièces de monnaie.
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Je suis la satisfaction que tu éprouve à m’avoir dans ta main, je suis ce poing résolument serré, ces petits doigts avides. Je suis ta bouche qui me goutte, tes narines qui palpitent. Je suis le goût douceâtre sur le bout de tes doigts, l’instant, la seconde de satisfaction. Je suis ta langue râpeuse, ripant sur mes rondeurs, sur mes formes généreuses.
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Je suis le soleil, l’air sec qui te suit à la trace, le sucre gelée qui fond sous tes ongles et sournoisement trace son sillon entre tes phalanges. Je suis cette chose dégoulinante, cette masse de glucose perchée sur un biscuit humide, ces colorants qui surnagent. Je suis l’écœurement servi sur un cornet, je suis la poisse sur tes mains, le régulier goutte à goutte éclaboussant tes orteils. Je suis le sourire forcé, la fausse satisfaction que tu affiches de m’avoir dégustée.
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Je suis une menteuse, je suis une allumeuse, et sous mes deux petites flaques vanille-fraise, je mime à moi toute seule le lot des déceptions refoulées qui dessinent une vie. Je suis un échantillon du quotidien, une habitude, une lassitude. Je suis ton reflet dans le miroir, les rides de frustration sur ton front. Je suis une belle déconfiture.
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Mon nom de scène est vanille-fraise, je vends du rêve ne vous déplaise. Tu m’as vu double sur un cornet, c’est pourtant moi qui t’ai gobé.
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Hello aimables visiteurs de ce blog encore un peu engourdi! Enfin des mises-à-jour... Enfin des nouvelles (colorées!!) de la petite miette que je suis! J'ai commencé par un petit texte estival, pour célébrer les températures qui ont intérêt à grimper demain, parce que c'est écrit sur le calendrier nom-d'un-tourne-disque! De mon côté tout va bien, je suis en train d'éradiquer la poussière qui s'est installé en masse dans mon appartement, histoire de tout astiquer avant le grand départ programmé au 30 Juin. En attendant, en plus (donc) de jouer les Cendrillon, je profite de mon amoureux à Bordeaux, et je m'offre des vacances bien méritées. Retour à AlbiCity le dimanche 27 Juin... avec l'amoureux en question! Et ouiiiii!! Que vous dire de plus à part celà, si ce n'est que j'ai des milliers de choses en tête... Je vous embrasse! A très vite!
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vendredi 12 février 2010

Nénette Aime Les Tragédies.

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Doucette et Barthélémy
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_-Ils dorment, leurs visages entrelacés. Leurs os sont déjà saillants, pourtant un proche pourrait encore les reconnaître, deviner la nuque arrondie de l’une, le menton fièrement proéminent de l’autre. Rien n’a changé sous leur peau, mais ils ne sont plus aujourd’hui que deux squelettes anorexiques, deux paires d’orbites vides, deux silhouettes démantibulées dans le creux d’une tombe, sous un cadre de marbre sur lequel quelqu’un a placé l’inscription « Ces deux là s’aimaient ».
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C’est Doucette qui succomba la première, un peu avant son heure. D’une seconde qui se sentit plus fatale que les autres, d’un instant tragique, immédiat et indolore. Le jour où les jambes maigrelettes de Doucette se dérobèrent sous elle, le talon de ses escarpins bon marché claqua sur le carrelage bicolore de sa petite cuisine. Un corps pâlichon étendu sur un quadrillage rouge et noir, quatre centilitres de citronnade au fond d’un verre à moutarde posé sur une table en liège, un néon mal remplacé qui grésillait en éclairant la scène, voici ce que découvrit Barthélémy une heure et vingt-deux minutes plus tard, le panier des courses sous le bras. On dit qu’il laissa alors les années vivre pour lui. Et qu’elles vécurent, s’étirèrent, se tordirent vers l’infini. Avant de finir par éteindre son souffle, un quatre juin, vers vingt-trois heures, un soir sans pleine lune, ni vent qui secoue les branches, un soir plutôt triste en définitive.
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Doucette fut mise en terre un samedi matin, sous un soleil morne et froid. Ce ne fut pas un bel enterrement, et il n’y eu pas foule. Ces deux là ne côtoyaient pas grand-monde, de toute façon. Barthélémy se trouvait au premier rang, la raie sur le côté, son veston noir bien boutonné, ses petites mains posées sur ses genoux, en une sorte de prière crispée, se répétant qu’il n’était pas fait pour cette chose écœurante qu’était l’amour. Il ferma ses paupières, et sous ses cils rejoua le film de son histoire. Sa rencontre avec Doucette, la fougue de leur premier baiser, l’ivresse de leurs désormais lointaines étreintes, il revit la canine mal alignée à ses voisines que découvrait son sourire imparfait, son sourcil gauche qui se fendait en accent circonflexe lorsqu’elle s’inquiétait, ses longs doigts graciles qui glissaient sur ses épaules, dans le temps. Tandis que le prêtre psalmodiait, il sentit son souffle parfumé, son odeur de cannelle et de riz au lait, entendit son rire de trompette, ses talons qui claquaient, il la revit boire sa citronnade quotidienne, farder un peu trop ses yeux, brûler les tartines le matin, trop saler les pâtes le soir, il rejoua les conversations vides qu’ils entretenaient, ressentit ce nœud que les années avaient progressivement resserré dans sa poitrine, et l’émerveillement qui l’avait peu à peu quitté lorsqu’il se réveillait à côté d’elle, et de sa fadeur, tous les matins. Il déplora en silence sa bêtise, le pétillement d’intelligence manquant à son regard, les études qu’elle lui avait interdit de reprendre, les amis qu’elle lui avait empêchés d’avoir, les promesses enflammées qu’ils s'étaient faites à vingt ans, et la cage barbelée qui avait pourtant remplacé sa vie, une vie terne, brûlante d’ennui. Il détesta une dernière fois ses ongles trop rouges, ses déshabillés de mauvaise main, ses fautes de français, ses moues insipides. Son sourire, sa voix, sa personne. Il maudit ce cercueil qu’on recouvrait de terre, ces bras qui l’étreignaient, ces regards mouillés, cette cérémonie lugubre qui lui avait valu ses dernières économies. Il sentit son corps en feu sous sa peau, et bien qu’il sût qu’il l’emporterait avec lui dans la tombe, il eut envie de crier la vérité.
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Car une goutte d’arsenic avait suffi. Une goutte, même pas de quoi altérer le goût de la citronnade. Une goutte seulement pour emporter cette vie inconsistante, cette poupée de chiffon, cette enveloppe de frustration qu’était Doucette. Frustration qu’il ressentit jusque dans son crime, facile, sans effort. Une goutte…
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Non, Barthélémy n’était pas fait pour cette chose écoeurante qu’était l’amour
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vendredi 4 décembre 2009

Nénette & Les Contes d'Effet.

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Cannabis & le poète dyslexique

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___Elle avait les yeux bleus et s’appelait tristement Cannabis. Son père n’avait pour ainsi dire jamais existé, et sa mère la haïssait depuis qu’elle l’avait su grandir sous ses côtes. Elle l’appela Cannabis dans un élan de haine mêlé de frustration. Frustration de ne pas avoir su garder son homme. Haine envers cette môme qui lui rappelait son échec. Lorsqu’elle l’expulsa hors de son ventre, elle refusa de crier. Elle se contenta de fixer la gamine qui braillait, en se jurant qu’elle ne trouverait pas le repos tant que ce bout de chair humaine à la voix de crécelle n’aurait pas vécu l’enfer. Elle s’y appliqua avec tant de hargne et de détermination que son plan fonctionna. Elle retrouva le sourire en maltraitant sa fille, en l’élevant dans la crasse, la nourrissant de vide. Il n’y eu pas d’histoire avant d’éteindre la lumière, pas de petites robes en tartan, pas de tartines au beurre. Elle l’habillait en garçon, lui coupait les cheveux de travers, la privait d’école, d’instruction, d’affection. Et s’en délectait. Jamais elle ne lui adressa un autre mot que ce prénom, Cannabis. Il tombait comme un couperet derrière la nuque de l’enfant, et se muait, jour après jours, en agression à huit lettres. Les années se succédèrent, et la mère perdit son âme en même temps qu’elle perdit la raison. Le matin de ses dix-huit ans, Cannabis s’éveilla sans sourire, elle fourra deux livres dont elle ne savait même pas lire le titre dans une taie d’oreiller travestie en sac, et passa pour la dernière fois le pas de sa porte. La rumeur dit que la mère rendit son dernier souffle ce jour-là.
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Il avait la barbe taillée en V et le regard perçant. Des années qu’il habitait cette terre, des années qu’il dessinait des poèmes dans sa tête sans pouvoir les transcrire. Le vieil homme était dyslexique, et sur le papier sa poésie avait un air de composition bâclée par un mauvais élève. Lorsque, dans de rares tentatives, il essayait de tracer ce qui sonnait si juste en lui, c’était pour finalement voir des lettres s’entremêler, des boucles s’enrouler, s’aplatir, des mots se travestir. Cependant, si le vieux poète n’avait pas l’orthographe facile, sa mémoire était des plus vaillantes. En quatre-vingt cinq années d’existence il apprit par cœur et se répéta tous les jours pas moins de cinq-cent-quarante-sept poèmes, des sonnets, des quatrains, des milliers de rimes qui s’épousaient à la perfection, de mots qui brillaient comme des bijoux. Mais quatre-vingt-cinq années sont bien le poids de toute une existence, et un matin, à son réveil, il fut incapable de réciter la dernière rime de son cinquante-quatrième tercet. Ce matin là fut le matin où le sens qu’il avait donné à sa douce vie de poète se tordit pour se resserrer autour de son coup. La vieil homme se sentit suffoquer, et passa précipitamment le pas de sa porte en priant pour qu’un supplément d’air dans ses poumons lui rende sa rime, et sa sérénité. La rumeur dit qu’une mère rendit son dernier souffle ce jour là.
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C’est ainsi qu’ils se rencontrèrent, dans un instant de détresse dévorante, avec au ventre la peur grandissante de finir seuls, et inutiles. Cannabis croisa le regard perçant du vieux poète, le vieux poète dévisagea Cannabis. Il lut son âme à travers ses deux prunelles bleues, il ressentit son envie de naître à nouveau, de recommencer quelque chose de plus beau. Il la prit sous son aile, et elle aima ce nouveau père loufoque à la barbe en bataille. En une année il lui apprit à lire, en six mois elle parvint à écrire sans trop de fautes. Lentement, ils transcrivirent ensemble les cinq-cent-quarante-sept poèmes, et sur le papier, tracée de cette petite écriture infantile et tremblante, la poésie du vieil homme s’en trouva plus belle, plus précieuse. Ce fut Cannabis qui remplaça la rime manquante du cinquante-quatrième tercet. Ses mots étaient justes et lumineux, et son art se mêla rapidement à celui de son maître. De ces deux âmes d’artistes, on n’aurait su dire laquelle était la plus vieille. Elles fonctionnèrent ensemble, jusqu’à l’issu logique de toute vie. Nul ne sait qui des deux partit le premier. Sont-ils d’ailleurs vraiment partis? Ils vivent encore, sous une rime, derrière un alexandrin. Dans chaque poème, ils vous sourient. Cannabis, et le vieil homme dyslexique.
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samedi 21 novembre 2009

Nénette Sous La Douche!

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Histoire d’un pommeau de douche
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___Je suis un pommeau de douche. Quinze pourcents d’aluminium, quatre-vingt-cinq pourcents d’acier inoxydable. Quelqu’un, un jour, a percé ma tête de trous par lesquels je crache dorénavant sur demande des litres d’eau potable qui se perdent à travers un siphon. Je ne suis pas artificiellement intelligent, je ne suis même pas robotisé, j’obéis juste à des bras, des jambes, des corps humains qui m’utilisent et m’ont greffé sur le mur de leur douche. Mon existence est monotone. Je compte les heures en micromètres carrés que la corrosion vient grignoter sur mon crâne, les jours en clignotement des néons de la salle d’eau, les années en rides qui creusent irrévocablement les peaux de mes propriétaires. De mes tortionnaires devrais-je dire. Deux enfants, deux parents. Et cinq années que je suis bétonné, comme menotté, à ce mur d’un blanc sale, et que dans l’espace limité par trois cloisons humides et un ridicule rideau de douche griffée Ikea, j’asperge consciencieusement leurs visages, aplatis leurs cheveux contre leurs nuques, fais couler leur rimmel, piquer leurs yeux. Cinq années au fil desquelles j’ai vu la petite fille se muer en adolescente au physique ingrat, le crâne du père se transformer en terre hostile, le ventre de la mère enfler, se déformer, et trois saisons plus tard laisser place à un amalgame de peaux plissées et de cicatrices, au fil desquelles j’ai entendu des pleurs, des grincements de dents, des voix de crécelles qui faisaient trembler les murs, au fil desquelles j’ai surpris des situations indécentes, des enchevêtrement écœurants de bras et de jambes, de ces visages trop bien connus, ou parfois d’autres, anonymes.
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J’ai cinq ans et je ne supporte plus de fixer ces corps blancs, bourrelés, hideux, criant de défauts. Ces quatre parcelles de peau laiteuses, sur lesquelles on me presse, sur lesquelles je crache mon dégoût, ces enveloppes nues que je noie sous mes jets pour les brouiller à ma vue, que je brûle d’une eau trop chaude, que j’abîme de toutes mes forces.
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Car n’avez-vous jamais remarqué à quel point il est difficile de me régler ? Et croyez-vous vraiment que ce soit un hasard ?
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dimanche 15 novembre 2009

Nénette Voudrait Bien Deux Sucres S'il Vous Plaît.

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Le Bonbon Rose


_ ---C’est difficile de résumer un bonbon. Doit-on l’évoquer comme une personne, une histoire, une sensation ? Un bonbon rose c’est une aquarelle de toutes ces choses, une peinture de douceur diluée à l’eau. La traduction sucrée de quelque chose qui sonne bien. Le définir, c’est décrire ses ailes piquetés de couleurs qu’on froisse pour mieux déshabiller. C’est son petit cœur brillant, à la texture imparfaite. C’est son goût de sucre d’orge, son odeur de secret. C’est une saveur qui rappelle un attachement. A ces minutes à marcher d’une porte à une autre, à ce chemin qui se tisse de rites, à cette petite main qui se glisse timidement dans une autre. Un bonbon rose, c’est un peu de magie papilloté entre deux feuilles qui brillent. Et a sa douceur se mêle toujours une reminescence. La remémoration d’un sourire, de la vision de deux silhouettes dépareillées qui s’assortissent dans la vitrine d’une pâtisserie, d’un mot plus haut que l’autre, d’une larme, d’un aveu quand la lumière est éteinte. Lorsqu’un bonbon rose chatouille mes papilles, son goût fait plus que se diffuser, il s’écoute. Et le délice parle à mon oreille, il murmure, il raconte une après-midi de juin, une nuit d’été dans un lit trop petit, une distance en août. Les fibres de sucres s’étirent entre mes incisives comme les mois d’une histoire à qui le temps réussit. Il fait beau, dans un bonbon rose, comme s’il y avait du soleil sous cette carapace de glucose. Et lorsque je le croque, la lumière s’échappe, elle rayonne de toute ses forces derrière mes pupilles, elle les fait rire. Alors à quoi bon résumer un bonbon rose ? C’est parce qu’il est tout rond qu’il a un goût de sourire.


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mardi 10 novembre 2009

Nénette Porte Du Noir.

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_ ___Une feuille s’arrache péniblement d’un arbre, une plume ravale son encre, un oiseau distend ses ailes et s’écroule en plein vol. Les couleurs se ternissent, les œuvres d’art se banalisent, les génies s’analphabétisent. Il manque un plat au menu, une note à la gamme, une aiguille à l’horloge. Le thé n’a plus sa tasse, l’histoire n’a plus sa fin, le temps ne suit plus sa course. Un homme sonne à une porte mais le chien n’aboie pas. Le soleil chauffe les nuques mais les rues se perdent sous une neige anthracite. Les pas ne laissent plus de trace, les chemins se défont, les silhouettes se perdent. Partout, le silence est assourdissant. Les formes sont des absences, il n’y a plus d’odeurs, plus de sens, les doigts s’entremêlent, les gens rient, les yeux pleurent. Il paraît qu’on a volé la lune. Il paraît qu’il n’y a plus de jours, plus de nuits. Plus rien. Si ce n’est une succession d’heures monotones, sous un ciel blanc de menaces. La certitude que des secondes vont s’égrener, que certaines nous balaierons plus vite que d’autres. Plus rien. Si ce n’est une ombre brillante au creux du ciel. L’empreinte d’une belle personne, l’éclat d’une sérénité étrange, impalpable. Plus rien si ce n’est la paix. Quelque part.
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R.B.

R.I.P.

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mardi 27 octobre 2009

Nénette Raconte Des Histoires.

IMAGE: SONIA RYKIEL, CROQUIS
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C’est l’histoire d’un poisson rouge, d’une pousse de lierre vermillon et d’un vieil homme balayant la devanture d’une épicerie aussi basque que son nom de famille. Une histoire écarlate, brillante d’hémoglobine. C’est l’histoire d’un peu de dioxygène, d’un peu d’air qui traîne entre deux poumons, de branchies qui se soulèvent. C’est l’histoire d’une histoire, de choses et d’autres qui n’étaient pas sensées se rencontrer et qui finissent par signifier quelque chose, ensemble, réunies quelque part.
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L’histoire pourrait commencer par le poisson rouge, oui, la petite boule qui palpite sous l’eau, la nageoire tourbillonnante. Une chose pas plus grosse que le poing d’un bambin, persuadée que le monde n’existe pas au delà de son enveloppe cristalline. Un petit être vivant qui n’a pas vu la fissure en forme de ligne de vie sur le bord rond de sa vitrine.
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L’histoire pourrait ensuite évoquer la pousse de lierre grimpant sur les briques rousses. Cette intrépide qui se prend à grandir trop vite, et qui étire hardiment ses brindilles sur les lettres écaillées qui baptisent la porte de la boutique. Elle pourrait parler sans en avoir l'air des tâches brunes en forme de brûlure qui envahissent innocemment ses feuilles.
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L’histoire pourrait se terminer par le vieil homme, cette caricature d’octogénaire, résumé par sa peau fatiguée et ses dents étincelantes. Cette relique d’existence, appuyée sur son balai, songeant pour la onzième fois aux majuscules qu’il faudrait sérieusement penser à repeindre à l’entrée de son petit magasin. A l’eau du poisson qu’il faudrait changer. Aux lettres qu’il faudrait repeindre. A sa mémoire, qui devient plus transparente que le verre glacé du bocal. Quel bocal, au fait ?
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C’est l’histoire d’une brise fraîche qui secoue gentiment les stores de la devanture, du clapotis de l’eau, d’un bruissement de feuilles, de moustaches qui frémissent. L’histoire de trois vies qui existent simultanément et qui mourront d’un même souffle, d’une même seconde fatidique.
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C'est l'histoire d'un fait divers, d'une banalité. De trois mots imprimés dans un journal. D'un vide, qui porterait un nom.
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mardi 22 septembre 2009

Nénette Enfiiiiin!

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_ Il est midi-soixante-deux sur le cadran digital de la grande tour d’aluminium. Au pied de l’édifice, sous le poids écrasant de sa hauteur, se tient la môme, le cœur épinglé sur ses rêves, palpitant d’espoir. Elle contemple le chaos qui s’élargit devant ses cils, en sorte de nuée lacrymale, qui serait à la fois la cause du drame, et son effet. L’effet du temps. L’effet de cette broutille délaissée qu’a été le destin. Il pleut sur la ville à cet instant, il pleut sur la planète, et les nuages qu’on essore ont des formes de chamallow. Il est midi-soixante-deux, l’heure inattendue, l’heure déguisée en guillotine. La pluie ne cessera que lorsqu’elle aura enseveli les hommes, lorsqu’elle aura lavé le monde, l’aura déshabillé de ses mauvaises herbes. Alors la môme s’enracine sous la grande tour d’aluminium, elle se voit dans ses vitres noires, et l’éclat sombre du verre se retrouve dans ses yeux, en une mise en abime sinistre. Les femmes crient, les bébés pleurent, les visages se déforment à en faire peur, les gouttes de pluie se changent en flammes et dévorent les arbres. Il ne restera bientôt plus rien de la ville, hormis la tour, désormais rougeoyante, et puis la môme, protégée par ses murs. Il n’y aura plus de soir, plus de matin, il est midi-soixante-deux, l’heure de la fin. L’heure de l’apocalypse. Le temps s’est arrêté. Les immeubles se tordent, s’effondrent, mais le crissement du verre n’est rien à côté de celui des rêves qui se brisent. La môme ne frissonne pas, elle attend. Elle attend que le ciel s’écroule, fracasse son crâne, disloque son squelette. Elle attend d’être une miette, pour se sentir enfin légère. Délivrée du poids d’exister. Il est midi-soixante-deux et même la nature rend les armes, dispersé en cendres encore fumantes. Et la tour dégringole, à son tour. Alors la môme ferme les yeux.
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Un très très mauvais texte, mais qui résume mon état

d'esprit du moment. Je suis toute seule, au milieu d'un

foutoir sans nom. Je suis des cours qui ne me plaisent

pas, pour devenir quelqu'un que je n'ai pas envie dêtre.

Je délaisse ce que je suis, ce blog, mes petits moments

d'écriture, ma fantaisie. Nénette est en train de mourir.

Je fais le serment de me mettre une cape sur le dos et

d'aller lui donner un coup de main. Je le jure, je le crache.


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mercredi 5 août 2009

Nénette Sur Une Plage.

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Il y a très peu de gens beaux sur une plage. Mes yeux les cherchent pourtant, mais ils ne décèlent pas les silhouettes qui brillent, les ventres lisses, les muscles tendus, comme tracés au fusain. Il n'y a pas de miracles à côté des vagues, pas de cheveux dorés, de boucles qui épousent la trace du vent, et aucune cheville à la courbe fragile n'est venue fouler le sable devant moi, dans un froissement de silice. La journée est parfaite pourtant, comme écrite à l'avance. Le soleil anihile le ciel, et le bleu environnant a dépassé le statut de couleur pour se mêler d'émotion. La brise vient de l'ouest, elle est plus douce qu'un baiser et rafraîchit ma peau, dynamise ma pensée. Il n'y a pas foule autour de nos trois nattes de bois, mais juste assez pour recréer cette sensation d'humanité mouvante, de diversité tourbillonnante. J'ai le vertige de l'homme, de ses variantes.

Il y a très peu de gens beaux sur la plage. Le soleil m'apparaît comme une sorte de révélateur, de pellicule photographique sur laquelle viennent se figer les preuves de la banalité humaine. Je ne vois pas de corps, je vois les jambes trop courtes, les peaux plissées, les cheveux emmêlés se frayer un passage dans l'eau en éventrant leur reflet, et le sillon qu'ils tracent à la surface laisse comme une marque de défaite, dans ce combat implicite entre les hommes et la mer dont-ils ont investi les bords, en masse. Entre les hommes et Mère Nature. Mais peut-on vraiment parler de combat, quand l'un des deux contestants fait office de poussière?

Il y a des notes de musique contre mes tympans, derrière les instruments surnage le bruit des vagues et ce silence retentissant qu'est le son de la tranquillité. Et une odeur de vacances s'insinue entre les grains de sable.
Il y a très peu de gens beaux sur la plage.
Pourtant aujourd'hui est une belle journée.
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